
Arnaud Tourlet
Globalement, sur le front des résultats des entreprises et des statistiques économiques, les derniers chiffres s’avéraient plutôt conformes aux attentes. Et la fin du mois était animée par de nouveaux rebondissements au sujet des droits de douane, avec la décision du président américain Donald Trump d’imposer de nouveaux droits de douane, après que la Cour suprême des États-Unis ait annulé certains des droits appliqués en 2025.
Un basculement géopolitique majeur et ses ondes de choc économiques
Mais l’histoire a pris un tout autre visage ce samedi 28 février, lorsque américains et israéliens ont lancé une offensive de grande ampleur sur l’Iran (Donal Trump ignorant d’ailleurs une nouvelle fois la nécessité d’en demander l’aval au congrès américain ainsi qu’à l’ONU !).
Les États-Unis et Israël ont lancé conjointement les opérations Epic Fury et Roaring Lion qui ont mené à la mort du guide suprême iranien, Ali Khamenei.
La riposte iranienne a été forte, risquant de plonger l’ensemble de la région dans cette guerre, dont personne n’est capable aujourd’hui d’estimer la durée. Puisqu’il semble hors de question pour les Etats-Unis de se lancer dans un conflit long et coûteux humainement, les américains tablent sur l’appui de la population iranienne afin de faire tomber le régime. Impossible de dire si cela sera suffisant.
Les conséquences économiques de ce conflit pourraient être importantes :
- En premier lieu sur les prix du pétrole et du gaz, qui s’envolent depuis lundi : 20% des volumes mondiaux transitent habituellement via le détroit d’Ormuz, contrôlé en partie par l’Iran, et donc actuellement pour ainsi dire impraticable. Sur ce plan, l’Europe, fortement importatrice (mais aussi la Chine, d’ailleurs très silencieuse ces derniers jours), sont plus vulnérables que les Etats-Unis, d’où la baisse plus forte des marchés européens depuis lundi. On se souvient à ce sujet des conséquences de la guerre Russie-Ukraine à partir de 2022 sur les prix de l’energy et notamment sur la croissance européenne. Cependant, il faut aussi souligner que notre dépendance était plus forte, et que le conflit apparaissait infiniment plus anxiogène.
- Ensuite logiquement sur l’inflation : en raison de la hausse des prix des matières premières, que ce soit le pétrole, le gaz, mais aussi les métaux (et pas seulement l’or) au cours de ces derniers mois. Les marchés financiers sont en train d’en tenir compte : les taux d’intérêt ont nettement grimpé depuis le début du conflit. Et si l’inflation était en effet amenée à accélérer de nouveau, les banques centrales seraient alors dans l’impossibilité de réduire leurs taux directeurs, voire dans l’obligation de les remonter.
- Enfin, les conséquences de ce conflit sur la popularité de Donald Trump (déjà en nette baisse depuis quelques mois) semblent assez nettes, ce qui pourrait d’ailleurs l’amener à calmer le jeu, sans quoi les prochaines élections de mi-mandat, déjà mal embarquées pour lui, seraient perdues d’avance.
Cependant, un embrasement général, ou plus localement au Moyen-Orient, est peu probable. Les alliés de l’Iran n’ont pas les moyens, sinon pas le souhait, de soutenir le régime en disgrâce. Les pays du golfe sont déjà acquis au soutien de la cause américaine, et par ricochet à celle d’Israël.
Par ailleurs, la hausse des prix du pétrole et du gaz pourraient très bien déjà être dans les cours, d’autant plus que les pays de l’OPEP ont immédiatement augmenté leur production, et ceci, dès dimanche. Cette décision a été prise avec une remarquable rapidité. Quelques conclusions peuvent en être tirées. D’abord que les pays de l’OPEP s’attendaient à cette issue fatale et s’y étaient préparé. Ensuite que le malheur des uns fait le bonheur des autres, puisque ce nouveau conflit leur permet d’augmenter les recettes. Enfin et en parallèle de cet intérêt, il n’est pas exclu qu’une volonté de limiter ou de plafonner le coût de l’énergie ne soit à l’œuvre, afin de ne pas casser la mécanique économique globale.
Que faire dans ce contexte ?
Alors oui, bien sûr, tout cela advient alors que les marchés actions étaient au plus haut, ce qui les rend donc plus fragiles. Cet événement de grande ampleur donne donc un très bon prétexte aux investisseurs pour alléger leurs positions.
Toutefois l’histoire récente nous a montré que les conflits n’avaient pas d’impact très significatif sur l’économie, ni par conséquent sur les marchés. A titre indicatif, le VIX, surnommé indice de la peur, était près de 50% plus haut dès l’attaque soviétique le 24 février 2022, qu’il ne l’est aujourd’hui. Le CAC40 ne cédait qu’environ 18% sur les six mois qui suivaient, et les avait regagnés 6 mois plus tard. Quant à la seconde guerre du Golfe, les marchés n’avaient même pas accusé de baisse.
Cela dit, l’analyse diffère de la prévision, et des conséquences inattendues peuvent toujours apparaître. La question énergétique est une question sérieuse, notamment liée à la durée de la guerre.
Dans ce contexte, nous pensons qu’il est donc urgent d’attendre avant de prendre de quelconques décisions en termes de gestion de portefeuille.
Depuis la Suisse, le point de vue de notre associé basé à Genève
Une fois de plus, en 2025, le pays a bouclé son année avec un budget très proche des prévisions, et d’ailleurs même un peu meilleur, affichant un léger surplus (certes grâce à un décalage favorable de recettes lié à l’impôt sur le bénéfice des entreprises du canton de Genève). A l’heure où bon nombre de grandes économies creusent des trous de 5-6% du PIB chaque année, la performance de la Suisse est remarquable. Pas de surprise donc de constater la force de la monnaie de ce pays neutre, dans ce contexte géopolitique très tendu.
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