
Arnaud Tourlet
Alors que le conflit déclenché fin février s’installe dans la durée, les marchés financiers traversent une zone de turbulences marquée par l’envolée des prix de l’énergie et le retour en force de l’inflation. Entre le durcissement attendu des banques centrales et la correction des actifs risqués, les investisseurs cherchent leurs marques. Pourtant, derrière la volatilité immédiate, des points d’ancrage et des opportunités de long terme émergent, incitant à la prudence plutôt qu’à la panique.
Depuis le début du conflit le 28 février dernier, le moins que l’on puisse dire, c’est que le contexte économique et financier a bien changé. Et ce d’autant que cette guerre, qui dans l’esprit des israéliens et des américains devait sans doute durer quelques jours seulement, n’est toujours pas terminée.
Résultat des courses : une envolée des prix du gaz et du pétrole d’environ 50% (et sans aucun doute demain une forte hausse des prix des engrais et donc des produits alimentaires) et une nette remontée des taux en raison des perspectives d’inflation revues nettement à la hausse (par exemple, le taux des obligations françaises à 10 ans est passé rapidement de 3,2% à 3,8%).
Hausse des prix du gaz (TTF) et du pétrole (Brent) en Europe depuis le début de l’année :
Un séisme financier et le dilemme des Banques Centrales
Tout cela a entraîné une baisse conjuguée des obligations et des actions. Dans ce contexte, il était bien difficile de trouver un refuge ; même l’or a reculé de plus de 10% ! Seul le dollar a repris quelques couleurs, regagnant environ 3% contre l’euro.
D’autre part, une nouvelle source d’incertitude découle de ces événements : quelle sera l’attitude des banques centrales ? Et notamment de la BCE, qui semble préparer le terrain pour plusieurs hausses de ses taux directeurs afin de lutter contre l’inflation. D’ailleurs, celle-ci court ici le risque d’agir trop vite, comme en 2008 et 2011, provoquant in fine un fort ralentissement économique, voire une récession.
Il est vrai que l’inflation en zone euro est déjà passée de 1,9% en février à 2,5% en mars, mais cela est entièrement dû à la hausse des prix de l’énergie. Phénomène qui pourrait se renverser en cas d’issue à ce conflit. Un bémol tout de même sur ce point : quoi qu’il advienne, les experts s’accordent à dire que la remise en marche des infrastructures arrêtées ou endommagées prendra plusieurs mois.
Résilience et opportunités : pourquoi ne pas céder à la panique
Pourtant, si on souhaite voir le verre à moitié plein, les motifs d’espoir existent :
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Intérêts convergents : Personne (hormis la Russie et certains pays pétroliers) n’a intérêt à ce que cette situation s’éternise, que ce soit l’Europe et l’Asie, gros importateurs d’énergie, ou même les Etats-Unis, où les consommateurs subissent de plein fouet la hausse des prix de l’essence et où les élections de mi-mandat semblent déjà bien mal embarquées pour Donald Trump.
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Soutiens étatiques : Les Etats ont des moyens de soutenir leurs économies : baisses d’impôts aux Etats-Unis, plans d’investissement en Allemagne et au Japon, soutien à la consommation en Chine…
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Valorisations attractives : Bien sûr, côté investissements, les valorisations sont logiquement plus attractives, que ce soit sur les obligations ou sur les actions. Cela peut permettre de renforcer ces classes d’actifs dans les portefeuilles, au détriment du monétaire dont les rendements sont actuellement très faibles.
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Relais de croissance émergents : Les marchés émergents pourraient sortir gagnants de ce conflit, que ce soit par le biais de la hausse des matières premières (on pense notamment à l’Amérique latine, pour le pétrole et l’agriculture) ou bien du fait de leur relative stabilité géopolitique actuelle (en Asie notamment).
Enfin, prenons un peu de recul par rapport à la baisse des marchés d’actions : celle-ci part d’un point haut, et son ampleur reste inférieure à 10% en moyenne pour les grands indices. On pourrait même dire que les marchés résistent relativement bien jusqu’ici. Pas de raison donc de paniquer, ni d’ailleurs de se précipiter pour acheter ! Etant donné le manque de visibilité sur la suite des événements, il serait donc plutôt urgent d’attendre.
Depuis la Suisse, le point de vue de notre associé basé à Genève :
Quand on pense valeur refuge, avec l’or et le dollar, le franc suisse vient souvent dans le trio de tête. La force du franc suisse est évidente depuis de nombreuses années, tant et si bien que la banque nationale (la BNS) vend massivement des francs pour lutter contre son renchérissement. Lors de la dernière réunion de la BNS, celle-ci a indiqué ne pas exclure un retour à des taux d’intérêts négatifs.
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