Deux clients de KMH ont récemment été victimes d’escroqueries particulièrement sophistiquées, sur leurs actifs bancaires. Dans le premier cas, l’escroquerie a failli se propager aux comptes qui nous sont confiés. Notre vigilance et les rapports que nous entretenons avec nos clients nous ont heureusement permis d’en limiter la portée. Des histoires qui montrent combien les fraudeurs savent jouer sur la confiance, la peur et l’urgence… et qui nous ont conduits à renforcer nos dispositifs de protection.
Le contexte : quand l’escroc se fait passer pour celui qui veut vous protéger
Les escroqueries financières ne reposent pas toujours sur un simple faux SMS ou un lien frauduleux. Certaines sont construites comme de véritables scenarii, avec plusieurs interlocuteurs et des informations personnelles permettant de rendre l’histoire crédible.
C’est ce qu’a vécu l’une de nos clientes. Tout commence par un appel d’une personne se présentant comme un service chargé de lutter contre la fraude. Un virement suspect aurait été détecté sur son compte. Quelques minutes plus tard, un prétendu conseiller bancaire la rassure : le virement aurait été heureusement bloqué.
La suite est soigneusement orchestrée. On lui explique qu’une organisation criminelle sévirait au sein même de la banque et qu’il ne faut surtout en parler à personne pour ne pas compromettre l’enquête et qu’il lui faut fermer ses principaux avoirs bancaires.
Notre cliente, âgée, prend alors rendez-vous avec son conseiller bancaire, ferme ses assurances-vie. Une fois l’argent disponible, sur les conseils de l’escroc, elle se rend dans une agence de change, et transforme ses avoirs en or. Son domicile n’étant pas sûr, toujours selon l’escroc qui la tient en haleine, elle doit remettre les lingots à un faux policier contre un mot de passe qui ne sera connus que d’eux. Ses avoirs seront mis en sécurité dans le cadre de la procédure en cours !
Au total, près de 200 000 euros d’or et de bijoux sont remis aux escrocs, qui vont même jusqu’à produire de faux documents censés prouver que les bijoux sont assurés et l’or placé dans un coffre ! Cette première phase réussie, ils s’attaquent aux autres avoirs financiers, lui enjoignant de suivre une procédure comparable.
Une mécanique fondée sur la confiance, la peur et l’urgence
Quelques jours plus tard, notre cliente nous contacte pour demander la fermeture des contrats dont elle nous a confié le suivi.
C’est à ce moment que quelque chose interpelle Guillaume Hublot. « La demande est totalement inhabituelle au regard de l’historique de la relation. Elle porte sur des montants importants, intervient brutalement et semble sans cohérence ni avec les habitudes ni avec les objectifs patrimoniaux de notre cliente. Tous les signaux étaient au rouge pour une opération anormale », explique-t-il.
Dans un premier temps, nous lui expliquons les incohérences fiscales de sa décision, ainsi que les incohérences et les risques économiques liés aux souhaits annoncés : l’abandon d’exonérations de transmission d’une part, alors qu’elle s’est toujours souciée de la transmission à ses filles, l’extrême volatilité de l’or d’autre part, qui à ce niveau d’investissement lui fait courir un risque majeur.
Malgré ces éléments, elle restait convaincue d’agir dans son intérêt et celui de la justice, et nous confirme sa volonté.
Ce mécanisme de manipulation est aujourd’hui bien documenté. La Banque de France indique que les fraudes par manipulation ont atteint 516 millions d’euros en 2025, soit une progression de 34 % en un an. La fraude au faux conseiller bancaire en constitue la forme la plus fréquente.
Un deuxième cas, avec le même ressort
Un autre client de KMH Gestion Privée a été confronté à un scénario comparable.
Un prétendu service de sécurité bancaire lui signale des opérations réalisées en Italie un samedi après-midi, au moyen de sa carte bleue, affirmant que ses coordonnées bancaires sont compromises. Puis vient l’urgence : il faut détruire sa carte bancaire immédiatement. Les services seront fermés le dimanche. Il ne reste que quelques dizaines de minutes pour agir.
Un interlocuteur lui propose de faire venir quelqu’un à son domicile pour récupérer la carte et demande également son code confidentiel, nécessaire pour détruire la carte. Le client remet les deux. Trente minutes plus tard, une montre d’environ 10 000 euros est achetée avec la carte. Dans son cas, l’escroquerie s’est arrêtée là, notre client ayant recouvré la clarté de son raisonnement dans l’heure.
« Même un client particulièrement vigilant peut se laisser piéger lorsque l’escroc réussit à créer le bon contexte : un interlocuteur crédible parle d’une première menace qu’il permet d’éviter, et un appel ultérieur présente un nouveau risque imminent, requérant l’injonction d’agir immédiatement », précise Guillaume Hublot. « À chaque fois, il y a ce triptyque du sauveur, qui crée le lien de confiance, puis de la nouvelle menace, puis de l’urgence à la contrer ».
Quand le devoir de conseil se heurte au secret professionnel
Le premier cas a également soulevé une question plus délicate au sein des équipes de KMH gestion privée.
Face à une opération jugée incohérente et à la conviction que notre cliente pouvait être sous influence, fallait-il prévenir sa famille ?
« Notre cliente n’était soumise à aucune mesure de protection juridique. Elle n’était ni sous tutelle, ni sous curatelle et était donc libre de disposer de son patrimoine. Après les contrôles d’usage et notamment la vérification de son identité, il nous fallait accepter sa demande. D’un autre côté, nous étions persuadés du caractère anormal de celle-ci, et suspections la fraude. Étant soumis au secret professionnel, notre position était particulièrement délicate. » indique Guillaume Hublot.
« Dans cette situation particulière, nous avons décidé de temporiser quelques jours, et avons pris contact avec les enfants de notre cliente, que nous connaissions par ailleurs. Sans leur révéler aucun des montants en jeux, nous leur avons demandé si leur mère avait des besoins nouveaux, puis, leur expliquant qu’elle avait entrepris une démarche qui nous semblait incohérente, s’ils pouvaient la sonder ».
Cette intervention a permis de comprendre rapidement que notre cliente était effectivement victime d’une escroquerie. Nous avons pu ensuite accompagner la famille dans certaines des suites à donner à cette escroquerie. Dans la foulée, la famille a déposé plainte.
Des escrocs qui disposent parfois d’informations précises
Les fraudeurs disposent souvent d’informations suffisamment précises pour rendre leur discours crédible. Les récentes atteintes à des bases de données peuvent accroître ce risque.
En août 2026, la DGFiP a ainsi confirmé que des accès illégitimes à son système d’information avaient permis de consulter et d’extraire certaines données concernant 678 000 particuliers et professionnels, notamment des informations fiscales et d’état civil. Les nombreuses traces laissées sur internet augmentent d’autant les données utilisables par les escrocs, jusqu’à la voix et l’image !
Dans ce contexte, l’escroc connaîtra votre nom, vos numéros de comptes et d’assurances, les noms de vos conseillers bancaires, et d’autres informations sur votre situation, qui renforceront à vos yeux sa légitimé apparente.
Le réflexe essentiel reste donc le même : ne jamais laisser un interlocuteur vous imposer l’urgence.
Ce que nous avons fait chez KMH pour prévenir les risques
Cette situation nous a amené à nous interroger sur nos pratiques, et sur la manière dont elles pourraient évoluer.
Tout d’abord, personne n’est à l’abri d’une escroquerie bien montée. Nous-mêmes pouvons y être sujets et aucune vigilance, si perspicace soit-elle, ne sera à toute épreuve. Néanmoins, la relative proximité que nous avons avec nos clients rend celle-ci plus délicate. Chez les indépendants du patrimoine, ces relations s’inscrivent dans la durée. Aussi, avons-nous une habitude des comportements de nos clients, même si nous ne les voyons qu’une fois l’an. C’est la stabilité de nos équipes qui rend cette vigilance possible. C’est donc cette stabilité qu’il nous faut rechercher, pour permettre d’offrir ce service.
Au-delà de la régularité des échanges avec nos clients, il arrive que des demandes sortent des usages. Or ces usages, d’un client à l’autre, sont souvent proches. Les demandes sont successivement traitées par au moins deux personnes. Le côté atypique de la demande peut ainsi être relevé deux fois, soit par le conseiller, soit par le back office. Il ne s’agit pas de la responsabilité d’un seul, mais de la responsabilité de tous.
En outre, chaque fois qu’une demande atypique arrive, qu’elle soit finalement acceptée car expliquée et rationalisée, ou rejetée, nous en faisons un cas d’école, exposé à tous les membres de notre équipe. Cette méthode permet d’augmenter l’expérience de chacun sur les témoins de vigilance à avoir.
Enfin, la situation particulière que nous avons évoqué plus haut, nous a fait nous interroger sur les manières dont nous pouvions à organiser à l’avenir la protection de nos clients avec le respect de leur libre arbitre et de leur droit à la confidentialité.
Ces deux expériences nous ont conduits à renforcer notre dispositif de prévention.
Désormais, KMH Gestion Privée prévoit dans ses nouveaux contrats la possibilité pour chaque client de désigner un tiers de confiance.
Si une opération apparaît particulièrement inhabituelle ou incohérente et fait naître un doute sérieux, ce tiers pourra être contacté dans les conditions prévues au contrat. Une couche supplémentaire de sécurité pour nos clients. Car le regard d’un proche permet souvent de casser la logique mise en place par l’escroc : confiance – menace – isolement – urgence.
Face à une tentative d’escroquerie, le meilleur réflexe reste souvent le plus simple : s’arrêter, ne rien transmettre, ne rien signer et contacter soi-même sa banque ou son conseiller en utilisant ses coordonnées habituelles.
Les fraudeurs peuvent créer la peur, l’urgence et le secret. Il faut précisément refuser ces trois règles du jeu.
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