
Arnaud Tourlet
Malgré des tensions persistantes au Moyen-Orient et des pressions inflationnistes, les marchés financiers affichent une résilience insolente. Portée par l’euphorie autour de l’intelligence artificielle et des résultats d’entreprises records, l’économie américaine semble s’affranchir, pour l’heure, des turbulences géopolitiques et de la remontée des taux.
Quel mois d’avril ! Alors que le conflit au Moyen-Orient n’en finit plus, les marchés actions atteignent des records historiques.
Ce fut notamment le cas des marchés actions américains, qui ont enregistré leur meilleur mois depuis cinq ans (avec des hausses d’environ 10% pour le S&P 500 et de près de 20% pour le Nasdaq !). Ils ont atteint de nouveaux records, portés par les bons résultats d’entreprises et des indicateurs économiques encourageants.
Le rouleau compresseur de l’IA et la vigueur américaine
Parmi les faits marquants, on soulignera l’engouement toujours intact pour les semi-conducteurs, les data centers et l’IA de manière générale. La demande et donc les investissements ne ralentissent pas du tout. Cela soutient la croissance des entreprises du secteur, à l’image des bons résultats publiés par Alphabet, Microsoft, Texas Instrument, Qualcomm, TSMC, ASML, Micron, Intel, Amazon…
Et comme tout ceci passe par des investissements colossaux, cela soutient également la croissance économique aux États-Unis : celle-ci fut de 2% au premier trimestre, contre 0,1% dans la zone euro par exemple. Conclusion : en dépit d’un contexte géopolitique délétère, l’économie américaine résiste bien.
Evolution de l’indice Nasdaq depuis 3 ans :
L’ombre de l’inflation et le paradoxe des taux d’intérêt
Pourtant, cette guerre au Moyen-Orient s’avère bien plus longue que prévu, et les prix du pétrole demeurent la grande variable de stress du marché. Certes, les États-Unis ne sont pas les plus mal lotis sur ce point puisqu’ils sont désormais exportateurs nets de pétrole et de gaz, mais il n’en reste pas moins que le consommateur américain souffre de la hausse des prix.
Et les retombées sont d’ores et déjà très importantes : pressions inflationnistes, baisse du moral des ménages, hausse des taux (au plus haut depuis 10 ans)… et des banques centrales qui voient leur marge de manœuvre fondre comme neige au soleil. Si la Fed et la BCE n’ont pas remonté leurs taux directeurs lors de leurs dernières réunions, elles pourraient être contraintes à le faire si la situation ne s’améliore pas au Moyen-Orient.
On l’aura donc bien compris : cette santé étonnante de la bourse s’explique par les bons résultats trimestriels publiés par une majorité d’entreprises, les réserves de liquidités détenues par les investisseurs, et surtout leur crainte de rater le train de l’IA !
En revanche, comme indiqué plus haut, les taux d’intérêt sont en hausse sur les marchés, que ce soit les taux des dettes d’entreprises ou des dettes d’États. Et qu’il s’agisse des taux courts (le taux à 2 ans approche les 4% aux États-Unis) ou des taux longs : le taux à 10 ans pour la France est désormais de 3,7%, celui des États-Unis atteint 4,2% et celui du Royaume-Uni dépasse 5%.
Bien sûr, cette hausse des taux devrait freiner l’activité économique et alourdir le poids du remboursement des dettes. Elle handicape également les obligations, qui enregistrent des performances nulles voire négatives depuis le début de l’année. Cela dit, on peut très bien voir ici le verre à moitié plein : sur ces niveaux de taux, les placements obligataires retrouvent aujourd’hui plus d’attrait !
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